Il y a peu, en relisant la série de romans de Sandra Scoppettone qui met en scène sa détective lesbienne Lauren Laurano, et encore plus récemment, à la lecture du best seller de Stieg Larrson, Millénium, je me suis fait cette même réflexion : s’il y a bien une chose qui ancre (irrémédiablement) le roman dans son époque, ce sont les références détaillées aux technologies.
Désir d’en mettre plein la vue ?
On est en droit de se demander ce qui peut pousser un auteur à écrire des paragraphes entiers dignes d’un comparatif de revue de geek entre deux modèles de composants électroniques… Par exemple, en parlant du nouvel ordinateur de Lisbeth Salander, dans Milénium : « Il avait surtout le premier écran 17 pouces du monde des portables avec une carte graphique Nvidia et une résolution de 1440×900 pixels qui ébahissaient les adeptes des PC et déclassaient tout ce qu’on pouvait trouver d’autre sur le marché ». Whaaaa elle est vraiment super geek cette Lisbeth. Vous ne trouvez pas ? Ah non ? Forcément, vous la carte graphique machin chose, ça vous laisse perplexe… quant à la résolution de son écran, vous savez le machin en pixels là… vous n’y avez jamais rien compris…
Franchement, le simple fait de lire qu’elle venait de se payer un portable dernier cri m’aurait suffit. Pas vous ?
Ringardise assurée
Le problème avec tout ce qui concerne l’électronique, et l’informatique en particulier, c’est que la durée de vie d’une génération de produit n’excède pas quelques mois. La surenchère technologique et la concurrence sont telles que ce qui est innovant aujourd’hui est complètement dépassé demain. Alors au bout de quelques années, n’importe quel objet électronique devient ridicule de ringardise.
Dans Tout ce qui est à toi…, l’héroïne de Sandra Scopettone se rend dans une boutique informatique pour acheter un modem : « - Un modem tourne à une vitesse de transmission de 300, 1200, 2400, 9600 bauds. Le modèle standard tourne en général à 2400. C’est une bonne vitesse, fiable. » Le modem en question, aujourd’hui est une relique de l’âge préhistorique de l’internet… Même un « vieux » modem 56K est plus rapide… alors comparé à un modem ADSL récent…
De fait, on est projetés plus de 15 ans en arrière en lisant ces lignes et Lauren Laurano prend un sacré coup de vieux ! Quant à Lisbeth, elle ne tardera pas à faire has been avec son nouveau portable qui n’est plus vendu depuis quelques années déjà.
Comme quoi, mieux vaut éviter de verser dans le descriptif détaillé de l’ordinateur de son personnage si l’on veut rester « dans le vent »;-)


Ah je reconnais la pro des nouvelles technologies !
Remarque très juste soit-dit en passant…
Bravo de la part d’une indécrottable ‘low tech’ -))
Marrant que dans les livres SF (mon péché mignon) ça le fasse moins.
Quand on pense qu’un certain Iain Banks qui a écrit le Cycle de la culture dans les années 90 avait prévu une sorte de super I Phone universel… ça laisse rêveur.
Ancrer un récit dans le temps en le reliant a une technologie est particulièrement casse gueule je trouve.
Ca kitchise un peu le roman au final.
A mon avis, il n’y a pas que les romans, les films aussi, quand on voit un bon vieux écran CRT sur NCIS (pas forcément très vieille comme serie), ou les trucs tout simplement impossible genre « enemis d’état » où le satellite arrive à voir en vue de côté. Ou ce bon vieux Kit dans K2000 (!). Bref parfois les auteurs (film ou roman) feraient mieux de ne pas détailler ce qu’ils ne connaissent pas. Mais a contrario que serait Minority Report sans le bluffant ecran tactile que l’habile tom manipule avec dextérité….rdv dans qq années.
J’en connais qui en rêvent de cet écran tactile… qui devient (déjà ) réalité d’ailleurs… Tu as raison, sous peu, les écrans de Minority Report nous feront l’effet des premiers téléphones portables qui avaient des poignées pour les porter tellement ils étaient gros !
Oui, c’est vrai. Je me suis fait la même remarque en lisant le livre -que j’ai fini tout récemment. Mais il y a d’autres références qui assurent la même fonction (celle d’ancrer le roman dans la modernité), ce sont les références sexuelles. Il ne s’agit plus seulement de l’homosexualité féminine ou masculine, mais aussi des « libertés ». Au sein du couple par exemple (Mikaël, amant officiel d’Erika). Cela m’a un peu surprise.
Cela dit, il est possible qu’en la matière je sois carrément ringarde. Cela faisait un moment que je n’avais pas lu un bouquin sorti récemment.