Le jugement du tribunal de grande instance de Dijon est tombé lundi dans l’après-midi : la demande d’euthanasie active faite par Chantal Sébire a été rejetée. Cette femme, qui souffre depuis 8 ans d’une maladie rare incurable qui lui inflige d’atroces douleurs, ne demande qu’une chose : qu’on “l’accompagne dignement dans la mort”, qu’on lui donne la possibilité de mettre fin à ses souffrances, pour partir en paix, et soulager également sa famille qui endure à ses côtés son calvaire.
La demande de Chantal Sébire relance le débat concernant l’euthanasie, quelques années seulement après que Marie Imbert a amené au devant des médias le cas de son fils, Vincent.
Une question d’éthique
Il est contraire à l’éthique médicale de donner la mort. Voilà une des oppositions à l’euthanasie active que l’on entend dans le camp des contre, de ceux qui s’accrochent à la loi Leonetti (qui reconnaît le droit au malade en fin de vie de refuser tout traitement) comme réponse suffisante. L’ironie de cette loi, c’est qu’elle donne le droit à un malade d’être plonger dans un coma artificiel, par ses médecins, jusqu’à ce que la mort survienne… Il est donc contre l’éthique médicale de donner à un malade en phase terminale de quoi mettre fin à ses souffrances en lui administrant un coktail léthal, mais faire mourir un malade de faim et de soif, en le plaçant dans un coma artificiel pendant 10 à 15 jours, c’est acceptable… c’est éthique !
Non, sérieusement, réfléchissez : depuis la loi Leonetti, on a un “droit à laisser mourir”… Pourquoi ne laisserait-on pas ceux qui le demande mourir dans les circonstances qu’ils ont choisies plutôt que de leur infliger une fin à l’hôpital dans un coma artificel ?
Un appel à la dignité
Juste après l’éthique, c’est la question de la “dignité” qui occupe le devant des débats. Et cette fois, dans la bouche des deux partis : Chantal Sébire demande à avoir le droit d’être accompagnée dignement dans la mort - on lui oppose que la proposition d’accompagnement en soins palliatifs est ce qu’on fait de mieux comme mort digne. Alors quoi ? Qu’est-ce qui est plus digne que quoi ?
Si l’on regarde dans un dictionnaire “dignité”, voilà ce qu’on lit : “Respect que mérite quelqu’un. Grandeur, noblesse” et dans une deuxième acception “Respect de soi, amour-propre, honneur”. En quoi Mme Sébire ne mériterait-elle pas qu’on respecte sa demande ? En quoi demander à “ce que ce calvaire s’arrête” n’est pas digne ? Questionnez-vous une seconde…
Cette morale judéochrétienne parasite
Quand j’entends dire qu’il est scandaleux de pouvoir envisager de donner la mort à cette femme parce qu’elle souffre et est difforme, ce que j’entends, c’est la morale judéochrétienne qui s’exprime. Celle-là même qui fait de la femme cet être destiné à enfanter dans la douleur, et qui nous maintient, pauvres mortels, au rang de ceux qui n’ont d’autre choix que d’accepter les épreuves que Lui nous envoie (et il faudrait encore l’en remercier…).
Oui, on peut estimer, par conviction religieuse, que le suicide assisté est inacceptable… Mais la République, elle, n’a pas à se pencher sur des arguments qui prennent leur naissance dans une quelconque croyance religieuse. Oublie-t-on que l’Etat est laïque ?
Pour une évolution de la loi
Dans une interview au Monde, Chantal Sébire dit “C’est le dernier combat que je peux mener, s’il ne me sert pas directement, qu’il serve au moins à d’autres après moi.” Combien de Vincent Imbert et de Chantal Sébire faudra-t-il encore pour que l’Etat décide de légiférer ? La France était en avance lors de la proclamation des Droits de l’Homme… elle est aujourd’hui à la traîne.

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